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mercoledì 1 febbraio 2012

Vous n’êtes que des poires Par Zo D’Axa (1900)


Electeurs,

En me présentant à vos suffrages, je vous dois quelques mots. Les voici :

De vieille famille française, j’ose le dire, je suis un âne de race, un âne dans le beau sens du mot — quatre pattes et du poil partout.

Je m’appelle Nul, comme le sont mes concurrents et candidats.

Je suis blanc, comme le sont nombre de bulletins qu’on s’obstinait à ne pas compter et qui, maintenant, me reviendront.

Mon élection est assurée.

Vous comprendrez que je parle franc.

Citoyens,

On vous trompe. On vous dit que la dernière Chambre composé d’imbéciles et de filou ne représentait pas la majorité des électeurs. C’est faux.

Une Chambre composée de députés jocrisses et de députés truqueurs représente, au contraire, à merveille les Electeurs que vous êtes. Ne protestez pas : une nation a les délégués qu’elle mérite.

Pourquoi les avez-vous nommés ?

Vous ne vous gênez pas, entre vous, pour convenir que plus ça change et plus c’est la même chose, que vos élus se moquent de vous et ne songent qu’à leurs intérêts, à la gloriole ou à l’argent.

Pourquoi les renommerez-vous demain ?

Vous savez très bien que tout un lot de ceux que vous enverrez siéger vendront leur voix contre un chèque et feront le commerce des emplois, fonctions et bureaux de tabac.

Mais pour qui les bureaux de tabac, les places, les sinécures si ce n’est pour les Comités d’électeurs que l’on paye ainsi ?

Les entraîneurs de Comités sont moins naïfs que le troupeau.

La Chambre représente l’ensemble.

Il faut des sots et des roublards, il faut un parlement de ganaches et de Robert Macaires pour personnifier à la fois tous les votards professionnels et les prolétaires déprimés.

Et ça, c’est vous !

On vous trompe, bons électeurs, on vous berne, on vous flagorne quand on vous dit que vous êtes beaux, que vous êtes la justice, le droit, la souveraineté nationale, le peuple-roi, des hommes libres. On cueille vos votes et c’est tout. Vous n’êtes que des fruits… des Poires.

On vous trompe encore. On vous dit que la France est toujours la France. Ce n’est pas vrai.

La France perd, de jour en jour, toute signification dans le monde — toute signification libérale. Ce n’est plus le peuple hardi, coureur de risques, semeur d’idées, briseur de culte. C’est une Marianne agenouillée devant le trône des autocrates. C’est le caporalisme renaissant plus hypocrite qu’en Allemagne — une tonsure sous le képi.

On vous trompe, on vous trompe sans cesse. On vous parle de fraternité, et jamais la lutte pour le pain ne fut plus âpre et meurtrière.

On vous parle de patriotisme, de patrimoine sacré — à vous qui ne possédez rien.

On vous parle de probité ; et ce sont des écumeurs de presse, des journalistes à tout faire, maîtres fourbes ou maîtres chanteurs, qui chantent l’honneur national.

Les tenants de la République, les petits bourgeois, les petits seigneurs sont plus durs aux gueux que les maîtres des régimes anciens. On vit sous l’œil des contremaîtres.

Les ouvriers aveulis, les producteurs qui ne consomment pas, se contentent de ronger patiemment l’os sans moelle qu’on leur a jeté, l’os du suffrage universel. Et c’est pour des boniments, des discussions électorales qu’ils remuent encore la mâchoire — la mâchoire qui ne sait plus mordre.

Quand parfois des enfants du peuple secouent leur torpeur, ils se trouvent, comme à Fourmies, en face de notre vaillante Armée… Et le raisonnement des lebels leur met du plomb dans la tête.

La Justice est égale pour tous. Les honorables chéquards du Panama roulent carrosse et ne connaissent pas le cabriolet. Mais les menottes serrent les poignets des vieux ouvriers que l’on arrête comme vagabonds !

L’ignominie de l’heure présente est telle qu’aucun candidat n’ose défendre cette Société. Les politiciens bourgeoisants, réactionnaires ou ralliés, masques ou faux-nez républicains, vous crient qu’en votant pour eux ça marchera mieux, ça marchera bien. Ceux qui vous ont déjà tout pris vous demandent encore quelque chose :

Donnez vos voix, citoyens !

Les mendigots, els candidats, les tirelaines, les soutire-voix, ont tous un moyen spécial de faire et refaire le Bien public.

Ecoutez les braves ouvriers, les médicastres du parti : ils veulent conquérir les pouvoirs… afin de les mieux supprimer.

D’autres invoquent la Révolution, et ceux-la se trompent en vous trompant. Ce ne seront jamais des électeurs qui feront la Révolution. Le suffrage universel est créé précisément pour empêcher l’action virile. Charlot s’amuse à voter…

Et puis quand même quelque incident jetterait des hommes dans la rue, quand bien même, par un coup de force, une minorité ferait acte, qu’attendre ensuite et qu’espérer de la foule que nous voyons grouiller — la foule lâche et sans pensée.

Allez ! allez, gens de la foule ! Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C’est assez. N’essayez pas d’apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez.

Ces Maîtres vous valent, s’ils vous voient. Ils valent, sans doute, davantage ; ils valent vingt-cinq francs par jour, sans compter les petits profits. Et c’est très bien :

L’Electeur n’est qu’un Candidat raté.

Au peuple du bas de laine, petite épargne, petite espérance, petits commerçants rapaces, lourd populo domestiqué, il faut Parlement médiocre qui monnoie et qui synthétise toute la vilenie nationale.

Votez, électeurs ! Votez ! Le Parlement émane de vous. Une chose est parce qu’elle doit être, parce qu’elle ne peut pas être autrement. Faîtes la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement — retournez à vos députés…

Chers électeurs,

Finissons-en. Votez pour eux. Votez pour moi.

Je suis la Bête qu’il faudrait à la Belle Démocratie.

Votez tous pour l’Âne blanc Nul, dont les ruades sont plus françaises que les braiements patriotards.

Les rigolos, els faux bonshommes, le jeune parti de la vieille-garde : Vervoort, Millevoye, Drumont, Thiébaud, fleurs de fumier électoral, pousseront mieux sous mon crottin.

Votez pour eux, votez pour moi !

Zo D’Axa. La Feuille, Anthologie 1897-1899 (Les Feuilles, parue en 1900)


http://www.non-fides.fr/?Vous-n-etes-que-des-poires

To the Voters Zo D’Axa (1900)


Voters:

In presenting myself for your votes, I owe you a few words. Here they are:

I come from an old French family — I dare to say — and am a pedigreed ass, an ass in the good sense of the word: four hooves and hair all over.

My name is Worthless, as are my rival candidates.

I am blank, like many of the ballots that they persist in not counting, but which now belong to me.

My election is assured.

You understand that I am speaking frankly.

Citizens:

You are being fooled. It is said that the last Chamber [1] , made up of imbeciles and swindlers, didn’t represent the majority of voters. This is false.

On the contrary, a Chamber made up of idiotic representatives and cheats represents you as voters perfectly. Don’t protest; a nation gets the representatives it deserves.

Why did you elect them?

You aren’t embarrassed, among yourselves, to admit that the more things change, the more they stay the same; that your elected officials mock you and think only of their own interests, glory or money.

So why would you elect them again tomorrow?

You know quite well that those you send to sit for you will sell their word for a check and will trade in jobs, positions and tobacco shops.

But who are the tobacco shops, positions and sinecured jobs for if not the Electoral Committees that are paid in this way?

The shepherds of the Committees are less naïve than the flock.

The Chamber represents the lot.

A parliament of idiots and crafty devils, of old fools and Robert Macaires [2] is needed to personify both professional voters and depressed proletarians at one and the same time.

And that’s what you are!

They are fooling you, good voters, they are deceiving and flattering you when they tell you that you are beautiful, that you are justice, right, national sovereignty, the people-king, free men...They harvest your votes and that’s all. You are fruit for the picking... Pears.

They keep on deceiving you. They tell you that France is still France. This isn’t true.

With each passing day France loses all meaning in the world, all liberal meaning. It is no longer a nation of hardy, risk-taking, idea-spreading, cult-smashing people. It is a Marianne kneeling before the throne of autocrats. It’s corporalisme reborn more hypocritically than in Germany: a tonsure under the kepi. [3]

They fool you, they never stop fooling you. They talk to you about brother, when the struggle for bread has never been sharper or bloodier.

They talk to you about patriotism and our sacred patrimony — to you who have nothing.

They talk to you about integrity, and here they are, pirates of the press, journalists willing to do anything, master deceivers and blackmailers, singing of national honor.

The supporters of the Republic, the petit-bourgeois, the petty lords are tougher on beggars than the masters of the old regimes. We live under the supervisors’ eye.

Weakened workers, producers who consume nothing, are content to patiently suck at the bone without marrow that is thrown to them, the bone of universal suffrage. And it is to tell lies, to engage in electoral discussions, that they move their jaws, jaws that no longer know how to bite.

And when, on occasion, the children of the people shake themselves from their torpor they find themselves face to face with our brave army like at Fourmies [4] ...and the reasoning of the Lebel guns puts lead in their heads.

Justice is the same for all. The honorable thieves of Panama travel in carriages and don’t know the cart. But handcuffs squeeze the wrists of old workers who are arrested as vagabonds.

The ignominy of the present moment is such that no candidate dares defend this society. Bourgeois-leaning politicians: reactionaries or partisans, republican masks or false noses, proclaim that if you vote for them things will go better, things will go well. Those who have already taken everything from you ask for even more.

Give your votes, Citizens!

The beggars, the candidates, the thieves, the vote-squeezers all have a special way to make and re-make the Public Good.

Listen to the good workers, the party quacks; they want to conquer power...in order to better abolish it.

Others invoke the Revolution, and they fool themselves while fooling you. Voters will never make the Revolution. Universal suffrage was created precisely to prevent virile action. Charley has a good time voting...

And even if some incident launched men into the streets; and even if a group went into action in response to some police or military attack, what could we expect of the swarming crowd that we see, the cowardly and empty-headed crowd?

Go on! Go on, you men of the crowd! Go on, voters! To the polls...and stop complaining. It’s enough. Don’t try to inspire pity because of the fate you imposed upon yourselves. Afterwards don’t insult the Masters that you gave yourselves.

These masters are worth as much as you, while they steal from you. They are probably worth more: they’re worth 25 francs a day, not counting their small profit. And this is as it should be.

The voter is nothing but a failed candidate.

The people at the bottom — with small savings and small hopes, rapacious small merchants, slow-moving domestic folk — need a mediocre parliament that will bring together and make money from all that is vile in the nation.

So vote, voters! Vote! The Parliament emanates from you. A thing is because it must be, because it can’t be any other way. Create the Chamber in your image. A dog returns to its vomit. Return to your representatives....

Zo D’Axa.
from La Feuille
http://www.non-fides.fr/spip.php?auteur71


Footnotes

[1] The equivalent in the French Parliament of the House of Representatives. (editor’s note)

[2] Character of a bandit in a popular play by Frederic Lemaitre.

[3] A French military cap.

[4] Site of a May Day rally in 1891 that was brutally put down by the army.

mercoledì 25 gennaio 2012

Distruggere appassionatamente !


La Borsa, il Palazzo di Giustizia e la Camera dei deputati sono edifici di cui molto si è dibattuto in questi giorni: queste tre case pubbliche sono state minacciate in particolare da tre giovani che per fortuna sono stati arrestati in tempo.

È impossibile nascondere alcunché ai signori giornalisti, i quali hanno svelato la triplice cospirazione ed i loro confratelli della prefettura hanno immediatamente fermato i cospiratori.

Ancora una volta gli uomini della stampa e della polizia hanno meritato il plauso di quella parte di popolazione che non riesce ad apprezzare il pittoresco fascino dei palazzi in rovina e la singolare bellezza dei crolli.
Il pubblico non lesinerà le azioni di grazia a tutte le oche dei suoi campidogli.
I servigi resi verranno riconosciuti anche in moneta sonante. Bisogna incoraggiare le virtù civiche. I fondi segreti balleranno e il dono sarà portato dai salvatori della società. Tanto meglio! Considerato com’è edificante constatare che, se fra i nostri nemici vi è un esiguo numero di sfruttatori astuti, la maggior parte è composta da imbecilli che spostano i limiti dell’ingenuità indietro fino all’orizzonte.
Come hanno potuto credere, quei disgraziati, che gli anarchici pensassero di far saltare il parlamento proprio in questo momento?
Mentre i deputati sono in vacanza!
Bisogna essere proprio a terra per supporre che i rivoluzionari possano scegliere un momento simile.
Non foss’altro che per cortesia, si aspetterebbe il rientro.

Ciononostante l’altra mattina i bottegai di Parigi, nel sistemare le vetrine, con il loro robusto buon senso si son detti:
— Non c’è il minimo errore, vogliono scalzare le basi dei nostri monumenti secolari, siamo di fronte a un nuovo complotto.
Suvvia, suvvia, prodi bottegai! vagate nei territori dell’assurdo. Pensate un attimo che la cospirazione di cui parlate non è nuova; se si tratta di radere al suolo gli edifici tarlati della società che odiamo, è da tanto che se ne parla.
È il nostro complotto di sempre.
E il tempio della Borsa dove i fedeli cattolici così come i ferventi ebrei si danno appuntamento per i riti e i trucchi del loro piccolo commercio, il tempio della Borsa deve in effetti sparire — e al più presto.
I maneggiatori di denaro saranno a loro volta maneggiati dalla pesante carezza delle pietre che crollano.
Allora non si giocherà più in borsa, non si assesteranno più quegli abili colpi che fruttano milioni a società anonime la cui ragione d’essere consiste nello speculare sul grano e nell’organizzare carestie.
I borsisti e i mediatori, tutti i banchieri — i preti dell’Oro, dormiranno il loro ultimo sonno sotto le macerie del loro tempio.
Solo in un simile atteggiamento di riposo apprezzeremo gli uomini della finanza.

Quanto ai magistrati, è risaputo, non sono mai così belli come quando camminano verso la morte.
È un vero piacere vederli.
La storia brulica di lampi pungenti in onore di procuratori e giudici che il popolo, a tratti, ha fatto precipitare nei tormenti. Quegli uomini, bisogna ammetterlo, hanno l’agonia decorativa.
E che superbo spettacolo sarebbe: un gran trambusto in tribunale! Quesnay intralciato da una colonna che gli ha spezzato le vertebre, mentre si sforza di avere l’aria di un Beauripaire colpito alle Crociate; Cabat, che in un ultimo rantolo cita ancora Balzac; e Anquetil, accanto all’esile Croupi, mentre grida:
— Niente è perduto… ci pieghiamo sotto le nostre posizioni!
La scena avrebbe una tale grandezza che le anime pie quali noi siamo piangerebbero sinceramente i vinti. Non vorremmo più ricordare l’ignominia delle toghe rosse — macchiate dal sangue dei poveri; dimenticheremmo che la magistratura è stata vile e crudele.
Sarebbe l’ineffabile perdono.
E se lo stesso Atthalin, questo specialista dei processi tendenziosi, se Atthalin — col cranio leggermente incrinato, chiedesse di essere portato in una casa di cura, si acconsentirebbe galantemente al desiderio del malato. Gli si darebbe una rinfrescata senza rancore.

In verità, non è indispensabile sentirsi anarchici per essere sedotti dal complesso delle prossime demolizioni. Tutti coloro che la società flagella nell’intimità del loro essere desiderano d’istinto penetranti rivincite. Mille istituzioni del vecchio mondo sono marchiate da un segno fatale. Gli affiliati del complotto non hanno bisogno di sperare in lontani futuri migliori, conoscono un modo sicuro per cogliere la gioia fin da subito:
Distruggere appassionatamente!

[L’Endehors, n. 65 del 31 luglio 1892]

Zo D’Axa
http://www.non-fides.fr/?_Zo-d-Axa_


http://www.non-fides.fr/?Il-nostro-complotto

A Sure Means to Pluck Joy Immediately: Destroy Passionately !


The Bourse, the Palace of Justice, and the Chamber of Deputies are buildings of which there has been much talk these past few days. These three buildings had been especially threatened by three young men who were fortunately stopped just in time.

Nothing can be hidden from messieurs journalists; they revealed the triple conspiracy, and their colleagues in the prefecture immediately apprehended the conspirators.

One again the men of the press and the police have earned the gratitude of that part of the population that doesn’t yet appreciate the picturesque charm of palaces in ruin, and the strange beauty of collapsed buildings.

The public won’t be sparing in its thanks. The services rendered will be recognized with solid cash. Civic virtues must be encouraged. Secret funds will dance, and the cotillion will be led by society’s saviors.

All the better! For it is edifying to note that if there are, among our adversaries, a small number of clever exploiters, the great mass of them is made up of imbeciles who push the limits of naiveté to the horizon.

How could these uncouth ones believe that the anarchists thought to blow up parliament at this moment?

At a time when the deputies are on vacation!

You have to be lower than the low to think that revolutionaries would choose such a moment.

If only for the sake of common courtesy, we would wait for everyone’s return after the vacation season.

Nevertheless, the other morning the storekeepers of Paris, while straightening up their goods, said to themselves, with their robust good sense:

“There’s not the least chance of error. They want to undermine the foundation of our centuries-old monuments. We are confronted with a new plot.”

Come, come, brave storekeepers! You wander on the plains of the absurd. This conspiracy you speak of isn’t new. If it’s a question of tearing down the worm-eaten edifices of the society we hate, well, this has been in preparation for a long time.

This is what we have always plotted.

The temple of the Bourse — where the faithful Catholics and the fervent Jews hold their meetings for the rites and things of petty commerce — the temple of the Bourse must, in fact, disappear, and soon.

The money-handlers will in their turn be handled by the heavy caress of the crumbling stones.

Then the game of the Bourse will no longer be played; those skillful strokes that bring millions to corporations — whose reason for being is to speculate on wheat and to organize famines — will be no more.

Those who work behind the scenes: the brokers, all the bankers — gold’s priests — will sleep their last sleep beneath the ruins of their temple.

In this reposeful position the financiers will be pleasing to us.

As for the magistrates, it’s well known that they are never so handsome as when they march towards death.

It’s a real pleasure to see them.

History is full of striking sketches in honor of prosecutors and judges who the people, from time to time, made suffer. It must be admitted these men had a decorative agony.

And what a superb spectacle it would be: a commotion at the Palace of Justice. Quesnay constrained by a column that will have broken his vertebrae, trying hard to assume the look of a Beaurepaire struck down during the Crusades; Cabot, quoting Balzac with his dying breath; and Anquetil, next to the witty Croupi, crying out:

“Nothing is lost...we lay below our positions.”

The scene would have such grandeur that the good souls that we are would sincerely feel bad for the defeated. We would no longer want to remember the ignominy of the red robes — dyed with the blood of the poor. We will forget that the judiciary was cowardly and cruel.

It will be the ineffable pardon.

And if Atthalin himself — this specialist in political trials — his head slightly cracked, were to ask to be taken to a rest home, we would gallantly accede to this sick man’s wish.

In truth, it isn’t indispensable to feel oneself an anarchist to be seduced by the coming demolitions.

All those who society flagellates in the very intimacy of their being instinctively want vengeance.

A thousand institutions of the old world are marked with a fatal sign.

Those affiliated with the plot have no need to hope for a distant better future; they know a sure means to pluck joy immediately:

Destroy passionately!

Zo D’axa.

http://www.non-fides.fr/?A-Sure-Means-to-Pluck-Joy

Un sûr moyen de cueillir la joie tout de suite : détruire passionnément ! Par Zo d’Axa (1892)


La Bourse, le Palais de Justice et la Chambre des députés sont des édifices dont il a été beaucoup question ces jours-ci : ces trois maisons publiques ont été spécialement menacées par trois jeunes hommes qui fort heureusement ont été arrêtés à temps. II est impossible de rien cacher à messieurs les journalistes, ils ont dévoilé la triple conspiration et leurs confrères de la préfecture ont immédiatement appréhendé les conspirateurs.

Une fois de plus les gens de presse et de police ont bien mérité de cette partie de la population qui n’apprécie pas encore le charme pittoresque des palais en ruine et l’étrange beauté des effondrements.

Le public ne marchandera pas les actions de grâces. On reconnaîtra même en espèces sonnantes les services rendus. Il faut encourager les vertus civiques. Les fonds secrets vont danser et le cotillon sera conduit par les sauveurs de la société.
Tant mieux ! car il est édifiant de constater que s’il est parmi nos adversaires un petit nombre d’exploiteurs malins, la grosse masse est composée d’imbéciles qui reculent à l’horizon les bornes de la naïveté.

Comment leur a-t-on fait croire, à ces disgraciés, qu’à l’heure présente les anarchistes pensaient à faire sauter le parlement.
A l’heure où les députés sont en vacances !
II faut être au-dessous de tout pour supposer que les révolutionnaires choisiraient un pareil moment.
Ne serait-ce que par courtoisie, on attendrait la rentrée.

Cependant les boutiquiers de Paris, en faisant leur étalage, l’autre matin, se sont dit avec leur robuste bon sens :
II n’y a pas la moindre erreur, on veut saper les assises de nos monuments séculaires, nous sommes en face d’un nouveau complot.
Allons, allons, braves boutiquiers ! vous errez aux plaines de l’absurde. Songez un peu que la conspiration dont vous parlez n’est pas nouvelle ; s’il s’agit de jeter bas les édifices vermoulus de la société que nous haïssons, il y a longtemps que cela se prépare. C’est notre complot de toujours.

Et le temple de la Bourse où les catholiques fidèles aussi bien que les juifs fervents se donnent rendez-vous pour les rites et les trucs de leur petit commerce, le temple de la Bourse doit en effet disparaître - et bientôt.
Les manieurs d’argent seront à leur tour maniés par la lourde caresse des pierres qui s’écroulent.
Alors on ne jouera plus ce jeu de bourse, on ne fera plus ces coups habiles qui rapportent des millions à des sociétés anonymes dont la raison d’être consiste â spéculer sur le blé et à organiser des famines.

Les coulissiers et remisiers, tous les banquiers - les prêtres de l’Or -, dormiront leur dernier sommeil sous les décombres de leur temple.
Dans cette attitude de repos, les financiers nous plairont.

Quant aux magistrats, on le sait bien, ils ne sont jamais si beaux que lorsqu’ils marchent à la mort.
C’est un vrai plaisir de les voir. L’histoire fourmille de trait, piquants en l’honneur des procureurs et de juges que le peuple, par moments, a fait sombrer dans les tourmentes. Ces hommes-là, il faut l’avouer, ont l’agonie décorative.
Et quel superbe spectacle ce serait : un branle-bas au Palais de Justice ! Quesnay gêné par une colonne qui lui aurait cassé les vertèbres, s’efforçant d’avoir la mine d’un Beaurepaire frappé aux Croisades ; Cabot, dans un dernier souffle citant encore du Balzac ; et Anquetil, près du fin Croupi, s’écriant :
- Rien n’est perdu... nous couchons sous nos positions ! La scène aurait une telle grandeur que les bonnes âmes que nous sommes plaindraient sincèrement les vaincus. Nous ne voudrions plus nous souvenir de l’ignominie des robes rouges - teintes du sang des misérables. Nous oublierions que la magistrature fut lâche et cruelle.
Ce serait l’ineffable pardon.

Et si Atthalin lui-même, ce spécialiste pour procès de tendances, si Atthalin, le crâne légèrement fêlé, demandait à être conduit dans une maison de santé, on accéderait galamment au désir de ce malade.
En vérité, il n’est pas indispensable de se sentir anarchiste, pour être séduit par l’ensemble des prochaines démolitions.
Tous ceux que la société flagelle dans l’intimité de leur être veulent d’instinct les revanches aiguës.

Mille institutions du vieux monde sont marquées d’un signe fatal.
Les affiliés du complot n’ont pas besoin d’espérer les lointains avenirs meilleurs, ils savent un sûr moyen de cueillir la joie tout de suite :
Détruire passionnément !

Zo D’Axa dans L’En-dehors, 1892.

http://www.non-fides.fr/?Un-sur-moyen-de-cueillir-la-joie

lunedì 16 gennaio 2012

Le Gendre et la Veuve Zo d’Axa


LE GENDRE

J’ai rêvé que M. Félix Faure, en son palais de l’Élysée, appuyait sur le bouton d’une sonnette électrique, et que sur la place de la Roquette, au même instant, le Couteau tombait !

Mais voici la réalité :

Un monsieur, le Président — que l’on proclame irresponsable — a le droit, après son dîner, de donner un coup de téléphone pour qu’au petit jour, le lendemain, s’érige la guillotine.

Le droit de grâce est le droit de tuer, puisque c’est le droit de laisser vivre. Ce privilège des chefs d’État leur met dans la main la hache. Les nuances de la discussion n’empêcheront pas ce fait précis : la vie de Georges Étiévant dépend d’un geste de Félix Faure.

Le jury a fonctionné. Étiévant coupable d’avoir frappé deux sergents de ville, dont la belle santé fut très remarquée à l’audience, n’en a pas moins été condamné à mort. Mais qu’importe ce premier verdict, puisqu’à nouveau la question se pose, puisque M. Faure, tout à l’heure, en dernier ressort, statuera seul.

Et l’on regarde vers l’Élysée…

Bien qu’ayant une histoire, notre président est un homme heureux ; cette histoire qui, en somme, n’est qu’une histoire de famille, il la porte gaillardement. Si le beau-père fut condamné à tresser des chaussons de lisière, le Gendre embrassa le Tsar… Dans ces sautes de la fortune, il y a matière à réflexion, et le Gendre y devrait puiser indulgence et philosophie.

Il devrait se dire qu’Étiévant qui, lui, ne vola personne, mérite d’autant moins la mort que ses victimes intéressantes sont d’ores et déjà en état de reprendre le cours interrompu des solides passages à tabac.

Le gendre de l’avoué, l’Égal des rois, sera-t-il bon prince ? Comprendra-t-il ? Et dans le triage sanglant des têtes qu’il offre à la Veuve, cueillera-t-il celle du Révolté ?

POURQUOI N’A-T-IL PAS TUÉ ROTHSCHILD ?

Ce qu’on reproche à Étiévant, ce n’est pas tant la violence de son acte que le choix qu’il fit :

— Pourquoi d’humbles gardiens de la paix ?

Le bourgeois paterne, dont toute l’émancipation consiste à se saouler parfois en compagnie de Labadens, se rappelle que, certain soir de remarquable beuverie, un bon sergot le reconduisit obligeamment jusqu’à sa porte. Comme le bourgeois était totalement ivre, il n’oserait pas affirmer que ce fut le complaisant policier qui lui chopa son porte-monnaie. Il ne se souvient que d’une chose : ces sergots, que l’on dit féroces, ont soutenu ses pas chancelants. Braves agents !

Les sergents de ville de quartier sont aimés dans leur diocèse ; s’ils pourchassent les malheureuses marchandes des quatre-saisons qu’ils entraînent violemment au poste, ils sont pleins de condescendance pour les tenanciers de bastringue et autres notables ayant numéro sur rue. Combien de fois évitent-ils de dresser des contraventions à ces honorables industriels de l’empoisonnement nocturne. Très rares, les procès-verbaux. Le sergent de ville est un vieux frère : si le patron est en défaut, il se contente de le mettre à l’amende — mais c’est à l’amende d’une tournée.

D’ailleurs l’agent, que l’alcool travaille, règle aussi souvent sa tournée. Seulement ça se passe dans le huis-clos propice des commissariats : à coups de poings dans la figure, à coups de pieds sur l’os des jambes, les jours de manifestations, ces hommes de poigne jouent au foot ball avec des corps de manifestants. Le citoyen arrêté est d’abord dûment ficelé, puis une bourrade le fait rouler sur le sol où des pieds agiles le frappent et renvoient rebondir contre les murailles du poste.

Tel est le sport de ces agentlemen.

S’il est normal que nos Maîtres aient une estime particulière pour les brutes de leurs brigades, on comprend que les hommes du peuple aient peu d’amour pour les flics, — flic, flac, boum, coups de pieds dans le ventre !

On ne manquera pas de remarquer, cependant, qu’Étiévant a très nettement déclaré qu’il ne s’était pas senti de haine pour ceux qu’il avait frappés. Cette indulgence de langage a précisément le don d’affoler les messieurs qui s’entretiennent de l’acte du condamné.

Malgré une certaine bonne volonté dans la discussion, ces Messieurs ne peuvent pas admettre que l’on agisse sans haine — à moins que ce ne soit par intérêt.

— L’assassinat commis par un voleur est odieux, disait l’un d’eux, mais je me l’explique : il tue pour se procurer de l’argent. Un acte que je ne m’explique pas c’est celui de cet Étiévant qui se rua sur des agents auxquels il ne pouvait rien prendre…

La morale bourgeoise est pratique, on ne saurait le nier (le meurtre est bon, qui profite !), c’est logique ; mais c’est d’une logique courte. D’abord parce que tout est intérêt, même les actes les plus matériellement désintéressés : on satisfait une passion. Ensuite, parce qu’on ne se rend pas compte de l’influence d’idées latentes sur les mouvements les plus apparemment spontanés. Autour du vieux monde pourri, des énergies rôdent dans l’ombre.

J’entrevois la tragique course dans la nuit :

L’homme traqué, sans argent, sans refuge — déambulant, sur le point d’être pris, songeant encore à quelque avertissement aigu, capable de crier à tous ce qu’on s’efforce d’oublier : l’opulence d’une minorité faite des privations et des larmes de la foule des sacrifiés. Souffrance, misère, du noir, du noir toujours pour les uns. Et pour les autres la vie rose, lumière et joie par la ville… Et tout à coup le falot rouge d’un poste. Là, c’est le chenil ! là, sont les hommes armés pour défendre ça — ça, la Société ; ça, l’Ogresse ! L’homme de garde, le factionnaire toise le passant, le gueux qui chemine… Le passant se retourne et, dans la nuit, un choc a lieu ! Quoi donc d’étrange ? Le conflit dure depuis toujours et rien n’était prémédité…

Il y a d’autant moins lieu d’être surpris du mouvement soudain d’Étiévant, que d’ignobles persécutions le poussèrent dans la voie farouche.

En 1891, alors que le gouvernement donnait la chasse aux écrivains anarchistes, on trouva moyen de l’impliquer dans une affaire de vol de dynamite. Étiévant fut condamné à cinq années d’emprisonnement. En sortant de la maison centrale où il avait bravement accompli sa peine, à la place d’un pauvre diable de père de famille qu’il ne voulut pas dénoncer, Étiévant se remit à écrire. On le guettait. Le premier article fut poursuivi. Et cet article — quelques phrases, vous entendez bien ! — le fit condamner à la relégation, c’est-à-dire à vie, c’est-à-dire à mort…

La condamnation était par défaut ; Étiévant erra quelque temps, sans pain, souvent sans asile, jusqu’au soir où, par hasard, il fit halte devant un poste…

Toutes ces choses n’empêcheront pas quelques braves gens de répéter en faisant parade de révolutionnarisme :

— Il aurait dû frapper plus haut.

Mais j’ai entendu mieux que cela. C’était un antisémite qui disait allègrement :

— J’aurais compris qu’Étiévant tuât Rothschild. Pourquoi n’a-t-il pas tué Rothschild ? Voilà un acte qui aurait une belle signification.

Il ne m’appartient pas de contredire la personnalité distinguée qui tint ce langage hardi. Mais je me permettrai de donner un conseil à tous ceux qui désignent des individus qu’ils eussent préféré voir frapper :

Faites vos commissions vous-mêmes !

Il est vraiment bien curieux de constater les secrètes tendances d’une quantité d’honnêtes gens. Il n’y a qu’à gratter un peu, et, sous le vernis de leur morale, on découvre de singulières craquelures. La réprobation cache le dépit de personnages qui ont rêvé d’hécatombes plus à leur goût.

Nul n’y échappe, antisémite ou sémite — car les juifs, malgré leur actuelle passion pour la justice (lumière et vérité ! capitaine !) ne se sont guère occupés d’Étiévant, le révolutionnaire. Un riche banquier hébreux paraphrasa même, sans le savoir, le libre propos cité plus haut :

— Pourquoi n’a-t-il pas tué Drumont ?

Assez ! messieurs, calmez vos sangs ! ou je demande la priorité pour cet ordre du jour de blâme :

Il aurait dû tuer mon tailleur !

L’affaire Étiévant, rapetissée de parti pris quant à sa signification sociale, n’en a été que plus démesurément grossie en tant qu’affaire criminelle.

De quoi s’agit-il, au demeurant, si ce n’est de quelques coups de canif dont les victimes, aujourd’hui, sont les premières à se féliciter puisqu’ils leur valurent l’étoile inespérée des braves.

Même au nom de la loi du talion, œil pour œil et dent pour dent — cou pour coup — Étiévant ne mérite pas la mort. Van Cassel lui-même l’a compris : cet homme qui avait hypocritement requis la peine capitale, à présent, propose la grâce.

Au Président de disposer.
LA VEUVE

Le jour anniversaire de la mort de l’inoubliable M. Carnot, Félix Faure donna des ordres pour que fût fêtée la Veuve, la haute dame Guillotine.

Il eut le tact, ce jour-là, de ne pas choisir Étiévant.

Carrara fut coupé en deux. D’immondes scènes se produisirent. Lamentable, contorsionné, le corps tordu sur la bascule, le cou contracté s’emboîtant mal dans la lunette, on put voir lentement mourir le supplicié que, par les oreilles, en avant, tiraient les aides du bourreau. Le couperet finit par tomber. Le sang gicla et de larges flaques s’étendirent sur les pavés où des messieurs privilégiés vinrent tremper des mouchoirs de soie…

Il était quatre heures du matin. M. Félix Faure dormait-il ?

En tous cas, allègre, dispos, notre Premier se leva de bonne heure, balafra un autre pourvoi, et M. Deibler aussitôt partit en tournée en province. À Vesoul, une tête tomba. Et de deux !

Notre Président est entraîné.

Maintenant, Deibler nous est revenu. Il reste du travail — sur la planche.

Impatient un peu, le diligent coupeur de têtes, que l’on dit d’âme bucolique, voudrait se débarrasser, au plus vite, de l’affaire pendante, et fuir aux champs. Cet homme des champs de navets adore, paraît-il, la campagne ; et déjà il y serait parti si Félix Faure avait voulu.

Deibler attend…

L’exécuteur des hautes œuvres attend les ordres de l’Exécutif.

À vous, Félix !

Dépêchez-vous, mon Président. Vous aussi devez être impatient de partir en villégiature. Voici le beau temps revenu. Il manque aux pelouses de Rambouillet la note claire de vos guêtres blanches — mais seront-elles tachetées de rouge ?

Décidez-vous. C’est vous que ça regarde. On dit que Mademoiselle votre fille a de l’esprit ; consultez-la. Demandez-lui de vous expliquer, ô magistrat irresponsable — irresponsable de par la Constitution — comment et pourquoi, dans l’espèce, vous êtes tout de même, strictement, responsable de l’aventure…

Tâchez de comprendre !

Et puis, ma foi, si le cœur vous en dit, tranchez dans le vif, tranchez, tranchez. Un ordre, un geste, et ça y est. Appuyez doucement le doigt sur le bouton de la sonnette électrique et vous entendrez le déclic.

Glissez Mortel, appuyez…


Zo D’Axa, dans La Feuille, reproduit de l’anthologie Les Feuilles, (1897-99).

http://www.non-fides.fr/spip.php?auteur71

http://www.non-fides.fr/?Le-Gendre-et-la-Veuve