giovedì 3 maggio 2012

"Le vrai travail rend libre" ? Une autre histoire du 1er mai.


Sur fond de cirque électoral, le 1er mai redevient soudain un enjeu pour tout les opportunistes.
Les syndicats et partis de gauche revendiquent une fête qui serait "d'abord la leur" alors qu'ils n'ont finalement hérité que de sa version officielle, les fascistes veulent la transformer en "fête de la pucelle d'Orléans" pendant qu'un président miné dans les sondages appelle à un rassemblement pour "le vrai travail" aux accents pétainistes pour tenter de redorer sa cote.

La "fête du Travail" ? un hold-up historique . 
« Le 1er mai a été, jusqu’ici, un symbole de division et de haine. Il sera désormais un symbole d’union et d’amitié, parce qu’il sera la fête du travail et des travailleurs. Le travail est le moyen le plus noble et le plus digne que nous ayons de devenir maître de notre sort. »
                                                                                   Le Maréchal Pétain, 24 avril 1941.

En France, c'est en effet seulement depuis le régime de Vichy que le 1er mai a été consacré fête du "Travail et de la concorde sociale". Depuis, cette "fête du travail" a été relayée servilement par la majorité du "peuple de gauche" sans plus de protestation chaque année en france. Même les "communistes" du PCF et autres socio-démocrates y distribuent depuis des décennies leur muguet.

Et pourtant, c'est encore sous Pétain que le muguet (blanc comme le lys, selon une tradition initiée par Charlemagne) vient remplacer les églantines rouges (symbole révolutionnaire depuis la première commune de 1793 et repris comme symbole des luttes ouvrières) qui étaient alors portées et distribuées le jour du 1er Mai avant le régime de Vichy. C'est  bien de la responsabilité des syndicats qui n'ont cessé de revendiquer cette "fête du Travail" si cette journée est aujourd'hui célébrée selon des rites travaillistes et autoritaires hérités du pétainisme. On voit bien l'idée.

En glorifiant le travail et la "concorde", autant dire la paix social, on masque les antagonismes de classes. C'est le vieux fantasme fasciste qui consiste à prétendre qu'on peut "réconcilier les classes", et tout ça dans le travail et la joie, évidemment. La suite est connue, c'est le S.T.O (service du travail obligatoire), les camps de travail forcé et pour beaucoup aussi, les camps de la mort, avec à l'entrée de la plupart une inscription sans équivoque : "Arbeit Macht Frei", "le travail rend libre", évidemment ?


Fête des exploité-e-s, fête révolutionnaire !

Depuis au moins les années 70, une partie des révolutionnaires ont cherché à tourner non sans raison en ridicule cette "fête du Travail". Le 1er Mai 1977, des autonomes déploient une immense banderole célébrant la "FETE DE L'ALIENATION" en lettres de 1 mettre de haut au dessus du cortège de la CGT et des autres syndicats (soit une foule de 100 000 personnes) comme pour leur rappeler l'absurdité de cette tradition galvaudée, et surtout de ce que cette fête est devenue. Beaucoup l'ont depuis ironiquement rebaptisé "fête de la paresse". Aujourd'hui encore, partout dans le monde, depuis le quartier de Kreuzberg à Berlin jusqu'à Madrid et Barcelone, de San Francisco à Athènes et de Istanbul à Oakland (qui lance cette année depuis sa Commune un appel international à la grève générale), le 1er Mai est chaque année synonyme de révolution, de révolte, de grève et un même un peu partout d'affrontements avec la police et d'émeutes géantes.
C'est la fête des exploité-e-s, pas de l'exploitation. 

Le 1er Mai pacifié et policé main dans la main par police et S.O syndicaux reste une exception bien française. L'appel à la grève générale est aussi relayé en Espagne pour le 1er mai 2012 avec des appels à l'action contre la Banque Centrale Européenne le 3 mai. A tel point que le gouvernement espagnol a fait fermer les frontières et que le pays est officiellement sorti de l'espace Schengen depuis le 25 avril jusqu'au 3 mai 2012 pour éviter la venue de protestataires d'autres pays contre la B.C.E. Ce même 25 avril aussi, se tenait à la Haye une conférence d'Europol (agence de police européenne) contre la menace des "euro-anarchistes" et la manière dont les polices européennes doivent s'organiser pour s'y opposer. Tout un programme de contre-révolution préventive en somme...Ou quand l'illusion démocratique s'efface devant la nécessité de protéger l'économie.

Ce qui nous ramène à l'origine du 1er Mai.

Haymarket Square : mémoire d'un massacre. 
"Le jour viendra où notre silence sera plus fort que les voix qui nous étranglent aujourd’hui"
 August Spies, anarchiste condamné à mort
 suite au évènement d'Haymarket Square
Le 1er mai 1886, les syndicats américains IWPA et AFL, ainsi que le journal anarchiste The Alarm lancent une grève pour la journée de 8 heures sans perte de salaire. Le jour même a lieu un rassemblement à l'usine McCormick à Chicago. La grève générale mobilise 340 000 travailleurs. August Spies est le dernier à prendre la parole devant la foule des manifestants. Des affrontements se produisent lorsque des grévistes, désirant chasser les jaunes (the scabs, en argot anglais) embauchés par McCormick pour briser la grève, sont accueillis par les détectives privés et la police armés de fusils à répétition. Deux ouvriers trouvent la mort et cinquante sont blessés. Le journal Arbeiter Zeitung publie alors un appel à un rassemblement de protestation contre la violence policière, qui se tiendra le 4 mai 1886 (voir l'appel ci-dessous). Un appel dans le journal The Alarm encourageait aussi les travailleurs à venir armés par soucis d'autodéfense, pour empêcher des carnages comme il s’en était produit lors d’autres grèves, mais finalement, le rassemblement se veut pacifiste.

Le jour venu, quinze mille personnes environ sont au rendez-vous,
et l'immense majorité n'est pas armée ni hostile.

Du haut d'un char, Spies, Albert Parsons, Fielden prennent successivement la parole.
Tout se passe dans le calme. La foule commence se retirer quand des policiers font irruption sur la place et commencèrent à charger violemment les manifestants. Le commandant n'avait pas fini de prononcer la phrase réglementaire en pareil cas qu'une bombe tombe dans les rangs de la police, en couchant par terre une soixantaine. Deux sont tués sur le coup et six devaient mourir des suites de leurs blessures.
C'est le signal d'une panique totale et d'une bataille plus terrible que celle de la veille. Les policiers survivants, aidés par d'autres arrivés en renfort, ouvrent le feu nourri la foule encore présente.
Le massacre est épouvantable, mais il est impossible d'en établir le bilan. Une dépêche de l'agence de Chicago parle de plus de cinquante "d'émeutiers" blessés, dont plusieurs mortellement, et le chiffre sera plusieurs fois revu à la hausse.

le 20 août 1886,  Spies, Fielden, Neebe, Fischer, Schwab, Lingg, Engel et Albert Parsons, tous anarchistes, sont condamnés à la pendaison. Toutefois, une mesure de grâce intervient pour Schwab et Fielden, dont la peine est commuée en prison perpétuelle, et pour Neebe qui s'en tire avec quinze ans de prison. Entre-temps, l'affaire était revenue en appel le 18 mars 1887 et, par arrêt du 20 septembre, le jugement est confirmé. La Cour Suprême des Etats-Unis ne consent pas à casser le jugement pour vice de forme.

 L'avant-veille de l'exécution, Louis Lingg, soupçonné d'être le chimiste de la bombe, en fumant un cigare de fulminate, se suicide dans sa cellule dans l'espoir de sauver ses camarades.  Un des jurés, hors du tribunal, avoue cyniquement l'objectif poursuivi sous le couvert du jugement rendu : "On les pendra quand même. Ce sont des hommes trop dévoués, trop intelligents, trop dangereux pour nos privilèges".

Les condamnés sont pendus le 11 novembre 1887, avant midi, dans la cour de la prison, cependant qu'aux abords et dans les rues environnantes, des cordons de troupe contiennent la foule.

C'est en souvenir des morts de McCormick et d'Haymarket Square, et des 8 anarchistes condamnés à la pendaison que le 1er Mai est depuis rappelé internationalement comme une fête révolutionnaire,

là où on en a pas encore oublié les origines.

ci-dessous, pour mémoire, l'appel du journal Die Arbeiter Zeitung en date du 2 Mai 1886 :

La guerre des classes a commencé.
Hier, on a fusillé les travailleurs, en face de l'usine Mc Cormick. 
Leur sang crie vengeance!
Qui pourrait douter que les tigres qui nous
 gouvernent sont avides du sang des travailleurs !
Mais les travailleurs ne sont pas des moutons.
A la Terreur-Blanche, ils répondront par la Terreur-Rouge.
Mieux vaut la mort que la misère !
Si l'on fusille les travailleurs, répondons de telle façon 
que nos maîtres s'en souviennent longtemps.
C'est la nécessité qui nous fait crier : Aux armes !
Hier les femmes, les enfants de pauvres pleuraient leurs maris et leurs pères fusillés.
 Tandis que, dans les palais, les riches remplissaient leurs verres de vins coûteux 
et buvaient à la santé des bandits de l'ordre...
Séchez vos pleurs, vous qui souffrez. Ayez du cœur, esclaves !
Insurgez-vous
!
Plaque commémorative à Chicago, posée par le ministère de l'intérieur des Etats-unis. 
Le graffiti au dessus et en dessous dit :
"D'abord ils prennent ta vie, plus ils exploitent ta mémoire".  
 
Sources :
- Anarchopedia, les articles "1er Mai" et "Emeute de Haymarket".
- Increvables anarchistes, l'article "1886, 1e-4 Mai, grèves, émeutes et attentats à Chicago".
 
 
 
http://lecridudodo.blogspot.co.uk/2012/04/le-vrai-travail-rend-libre-une-autre.html

Nessun commento:

Posta un commento